Les permis d’explorer le sous-sol, principalement dans le sud-est de la France, provoquent une vive polémique. Entre autres risques environnementaux, l’exploitation du gaz de schiste peut nuire aux nappes phréatiques.
Jusqu’au jour où nous avons écouté José Bové relater le sujet, nous ignorions jusqu’à l’existence du gaz de schiste, il faut bien l’admettre (lire l’encadré p. 2). Pourtant, cela faisait déjà quelques mois que des articles consacrés aux risques potentiels de ce mode d’extraction en France atterrissaient sur la Toile, ainsi que des articles consacrés aux risques, avérés cette fois, liés à l’exploitation du gaz de schiste, notamment aux Etats-Unis et au Canada.
« Ces autorisations ont été accordées sans débat pour forer le gaz de schiste », selon José Bové. Qui établit un parallèle avec un vieux combat mené dans le Larzac dans les années 70... « Il y a dans cette histoire un vrai problème de démocratie à l’égard de la population qui me rappelle un peu ce qui s'est passé sur le Larzac, il y a quarante ans, quand les gens du plateau ont appris l’extension du camp militaire à la télé... » (Midi-Libre, 21/12/10).
Les autorisations concernent une large zone dans le sud-est, de Montélimar à Montpellier, en intégrant une partie des Cévennes, de l’Ardèche, du Larzac... Les permis d’explorer ont été accordés en 2010 à l’Américain Schuepbach allié à GDF-Suez, au Français Total et au Suisse Mouvoil. D’autres autorisations ont été obtenues dans le Nord-Pas-de-Calais, le Jura, la Loire, les Bouches-du-Rhône, le Bassin parisien et en Lorraine.
Pour José Bové (lors du débat au Parlement européen), le risque estbien réel : « Fracturer la roche avec de grandes quantités d’eau sous pression, combinée avec des produits chimiques, entraîne des risques de percement des nappes phréatiques et d’introduction de gaz. Sans compter le gaspillage. »
De nombreuses organisations écologiques et des politiques, d’Europe Ecologie à Cap 21, se mobilisent désormais. En s’appuyant notamment sur les exemples canadiens et américains, médiatisés par le documentaire de Josh Fox, Gasland, où l’on peut voir l’eau d’un robinet s’enflammer dans une maison proche d’une exploitation...
Etats-Unis
Les Etats-Unis se sont lancés massivement dans l’exploitation du gaz de schiste depuis moins d’une dizaine d’années. Plus de 400 000 puits y ont été forés. Les gaz non conventionnels (gaz de schiste en tête) représentent désormais environ 12% de leur production gazière. Nuance de taille par rapport à la France : l’Amérique du Nord dispose de vastes espaces non peuplés. Ce qui ne justifie évidemment pas tout. D’autant que, « selon le département de la Protection de l’environnement de Pennsylvanie, un cocktail chimique à base de produits cancérogènes, reprotoxiques et mutagènes est utilisé avec les conséquences évidentes pour les milieux aquatiques, la chaîne alimentaire et la santé humaine », écrivait Corinne Lepage (Cap 21) en décembre dans Rue 89.
Les problèmes se multipliant (eaux contaminées, conséquences sur l’air, etc), l’agence américaine de protection de l’environnement a lancé une étude de fond, mettant ainsi en doute ses propres conclusions, lorsqu’en 2004 elle ne voyait aucun problème à l’exploitation du gaz de schiste. Elle a notamment sommé les entreprises de révéler la composition des additifs. Ce qui peut être utile car l’eau doit être traitée avant d’être rejetée. De plus, outre les additifs, l’eau utilisée peut être contaminée par des composés présents dans le sous-sol. D’où menace de pollution de la surface par les eaux usées.
Géopolitique
Il faut dire que les enjeux sont colossaux, le gaz de schiste pouvant représenter jusqu’à 50-60 % de la production mondiale de gaz d’ici à 2030, selon certaines estimations. En juin, le très sérieux Financial Times allait jusqu’à titrer un article « Le gaz de schiste va changer le monde ». La course au gaz de schiste est en effet mondiale : Amérique du Nord, Europe, Chine... Car il pourrait permettre à certains pays d’atteindre l’indépendance énergétique, ou au moins de réduire leur dépendance – c’est le cas de l’Europe par rapport à la Russie. Russie qui vient justement de perdre en 2010 son statut de premier producteur de gaz au profit des Etats-Unis. Selon le Financial Times, l’exploitation du gaz de schiste annonce donc des bouleversements géopolitiques.
Alors le sud-est de la France dans tout cela... Cela n’empêche pas Corinne Lepage de militer pour un moratoire en France et en Europe ou José Bové de réclamer « un gel des permis de prospection pour mener ce débat public avant de commencer le moindre forage » (AFP 22/12/10).
Antoine Pateffoz
Eau Publique
