Le 9e Forum des autorités locales (maires, présidents de communauté, etc, issus de toute la planète) a permis de faire émerger de nombreuses propositions concrètes. Un bémol : la surreprésentation du monde urbain au détriment des zones rurales.
"Je suis ici grâce à la volonté du maire de Dakar, qui aurait pu ouvrir ce FAL sans ma présence. Ça se passe comme ça au Sénégal. Nous ne sommes pas d’accord politiquement, mais nous nous respectons… » Les premiers mots du Président de la République sénégalaise, Abdoulaye Wade, 90 ans, ont rapidement planté le décor de la matinée. Pour l’ouverture du 9e Forum des autorités locales (FAL), le 8 février à Dakar, ce président libéral n’était pas venu parler des problèmes d’inclusion sociale ou de démocratie participative, mais bien pour dire qu’il était là, et qu’il gardait un œil sur son rival socialiste, Khalifa Sall, maire de Dakar.
Dans la salle plénière, mais surtout dans les couloirs du somptueux hôtel qui accueillait le FAL, les partisans du Président et du maire de Dakar étaient venus nombreux pour encourager leur leader respectif. Des échanges vifs, quelques fois musclés, ont assuré le spectacle, une militante socialiste s’est fait sortir, en décollant du sol, par les bras du service d’ordre du Président…
Discours fleuve
Après les deux heures de monologue présidentiel, Patrick Braouezec, élu français et modérateur de la plénière centrale, a dû user de toute sa sagesse et de son efficacité pour animer les temps de parole des sept intervenants qui se sont exprimés sur « les alternatives locales face à la crise globale » dans le peu de temps dont ils disposaient.
La pause-repas a permis de tourner la page du protocole. Les nombreux élus des différents pays ont alors envahi les salles mises à leur disposition. Malheureusement, les intervenants officiels étaient, en très grande majorité, issus du monde urbain. Les frais de déplacement importants pour se rendre à Dakar sont sûrement à l’origine de cette situation. Mais, une nouvelle fois, le monde rural a été oublié et laissé à ses campagnes, collines et déserts… Quoi qu’il en soit, les élus ont pu s’exprimer dans les six ateliers, allant de la démocratie participative à l’environnement en passant par la coopération décentralisée, ateliers qui se révélèrent riches en propositions concrètes.
La France et le droit à l’accès à l’eau potable
FME (Forum mondial de l’eau) et Fame (Forum alternatif mondial de l’eau) en 2012 obligent, l’atelier « environnement, changement climatique et droit d’accès à l’eau » s’est largement orienté vers la gestion de l’eau potable et de l’assainissement. Les Français étaient fortement représentés par rapport aux autres pays participants, mais, dans cet atelier, ce n’était pas une surprise. Les élus de l’Hexagone, présents ce jour-là, sont des fidèles des Forums sociaux mondiaux et suivent particulièrement les ateliers sur les biens communs de l’humanité.
La surprise est plutôt venue d’Antoine Joly, délégué à l’action extérieure des collectivités territoriales pour le gouvernement français. Dans ce milieu où les élus et les altermondialistes se côtoient, se mélangent et se confondent, que venait faire le représentant de Sarkozy ? Tout simplement pousser un cocorico sur la loi 1% mise en place par la droite en 2005 : l’accès à l’eau pour tous, c’est eux. La diplomatie participative, c’est encore eux et la solidarité Nord-Sud, c’est toujours eux : « Lorsqu’un usager de Marseille ou de Paris se lave les mains, il contribue à la coopération décentralisée. »
Les réactions ne se sont pas fait attendre. Jacques Perreux, conseiller régional d’Ile-de-France et vice-président du conseil général du Val-de-Marne, a rétorqué que « l’argent pour la coopération doit provenir également d’autres sources que celles de la poche des usagers ». Ajoutant : « Aujourd’hui, Mestrallet, PDG de Suez, vient d’annoncer 63 millions de bonus. Voilà de quoi remplir les caisses pour nos amis du Sud… »
J’ai moi-même enfoncé le clou après la réplique de l’émissaire de François Fillon, qui trouvait le lieu inadéquat pour parler de ces choses-là. André Abreu, représentant Danielle Mitterrand, souffrante, a continué avec l’exemple de Paris qui a économisé « 30 millions d’euros réinvestis pour la qualité de l’eau et la diminution du prix en une seule année de gestion publique ».
L’eau potable dans le monde
Même si les échanges franco-français ont intéressé à plusieurs titres les autres participants, chacun a continué de présenter sa commune, ses actions, ses craintes et ses espoirs. Cet atelier a donné la part belle aux expériences de chacun, plus qu’aux propositions.
Florilège :
❍ À Mexico, une grande lutte contre le gouvernement mobilise les élus et les usagers « pour une distribution de l’eau plus équitable dans la capitale mexicaine ».
❍ À Mekhnès, au Maroc, « nous avons installé des compteurs gratuitement. Il faut faire payer les plus riches et demander une participation symbolique aux plus démunis. »
❍ Le Canada demande que l’on aide ouvertement la Bolivie et l’Uruguay afin d’obtenir la reconnaissance du « droit à l’eau publique ».
❍ « L’eau potable c’est la santé, l’eau d’irrigation c’est la vie. Il faut lutter contre la pauvreté pour éviter l’exode rural », la population a défini ses besoins, explique un maire de Mauritanie.
❍ À Gueule Tapée-Fass-Colobane (commune d’arrondissement de la ville de Dakar), « ce sont les inondations qui envahissent la ville pendant trois mois chaque année. Ici, au Sénégal, l’eau manque ou déborde. »
❍ Cette eau se trouve au coeur des conflits politiques à Kiziltepe, en Turquie : « 2 000 personnes du Parti démocratique pour la paix ont été arrêtées. »
Le syndicaliste européen David Boys a clôturé l’atelier en expliquant qu’« il faut créer une structure mondiale de partenariat public-public avec l’aide de Kofi Annan. Il y a déjà 250 000 régies publiques urbaines de l’eau dans le monde. »
La conclusion de la journée des élus a été prononcée par le maire de Dakar : « L’Afrique comptera plus d’un milliard d’habitants dans quelques années. Nous avons des richesses, nous n’avons pas besoin d’aller chercher ailleurs ce que nous avons ici. Nous devons être des partenaires, pas des assistés. »
Mais le dernier mot est revenu aux femmes, qui ont revendiqué leur reconnaissance sociale : « Les oiseaux ont besoin de leurs deux ailes pour voler. Le monde a besoin des deux sexes pour exister. » Des femmes dont le rôle est essentiel (lire également ci-dessous) pour tout ce qui a trait à l’eau en Afrique.
Michel Partage, conseiller général du Var, président de l’association EAU (Inf’EAU n°14)
Eau Publique
