Officiellement lancé le 24 novembre, le Forum alternatif mondial de l’eau (ou Fame, qui renvoie à l’anglais «célébrité», «gloire») est dans les rails, direction Marseille 2012. Histoire de faire valoir quelques arguments contre la marchandisation de l’eau et le Forum mondial de l’eau «officiel» (FME).
« - L’eau, bien commun universellement partagé, ne doit pas être considérée comme une marchandise, et ne peut donc faire l’objet de profit ; bien public, elle relève de la gestion publique.
- L’accès à l’eau pour les besoins vitaux de tout être humain est un droit fondamental et universel, qui doit devenir effectif.
- La préservation de la ressource en eau est essentielle à la survie de l’humanité et de la biodiversité. »
C’est sur ces principes énoncés dans l’Appel de Marseille pour un Forum alternatif mondial de l’eau (Fame) en 2012 que s’appuient les organisateurs, à savoir les coordinations locale, nationale et internationale1.
Dans ce cadre, sont appelés à la mobilisation les associations, ONG, syndicats, forces politiques, élus et citoyens contre la marchandisation de l’eau et pour « présenter les réponses sociales, écologiques et démocratiques urgentes qu’appelle la crise mondiale de l’eau ». Les organisateurs s’engagent « à soutenir et promouvoir toutes les initiatives alternatives qui permettront d’assurer, sur toute la planète, une gestion démocratique et soutenable de cette ressource vitale ». A l’instar du Forum mondial de l’eau (FME), le contre-forum est, pour chaque édition (Mexico, etc), un événement à visée mondiale destiné à apporter une aide concrète aux différents mouvements et pays qui luttent pour assurer l’accès à l’eau potable des populations, pour protéger les ressources (pollution, réchauffement climatique…) et pour en renforcer le contrôle citoyen. En atteste la présence de nombreuses ONG internationales, qui apporteront leur expertise et leur savoir-faire organisationnel1.
Privilégier la durée
Concrètement, le Fame aura lieu en mars 2012 – les dates exactes restant à déterminer, ainsi que le lieu (pas le Parc Chanot en tout cas, déjà réservé par le forum « officiel »). Le mode de financement reste également à préciser. Quoi qu’il en soit, les organisateurs veulent faire du Fame un espace de conférences, de débats, de témoignages par et pour les initiés ainsi que les citoyens (locaux, nationaux, internationaux), mais également un espace de manifestations culturelles, festives…
Évidemment, le détail du programme reste à élaborer, ce qui va se faire progressivement au gré des rencontres, des apports des différents participants, existant ou à venir, au travers des événements… C’est ce qu’explique en substance Josiane Tessier (Attac Marseille), qui précise : « Nous allons participer au Forum social mondial de Dakar en février, soutenir les Italiens en mars lors de leur marche, etc. Notre ambition est de sortir du forum en structurant un mouvement dans la durée autour de l’eau. »
Sur la même longueur d’ondes, Jean-Claude Oliva (Coordination Eau Ile-de-France) affirmait lors de la conférence de presse du 24 novembre que comme « le forum de Florence a été le détonateur du mouvement pour l’eau en Italie, le forum de Marseille va nous permettre de développer un grand mouvement en France ». Il y aura également une importante réunion en janvier 2011 – où les différents participants internationaux au projet sont attendus – et un événement à organiser le 22 mars, Journée de l’eau, ou encore des assises à l’automne sur la crise de l’eau dans les grandes villes.
Sensibiliser et réunir
L’objectif est donc de structurer toutes les associations, ONG, citoyens mobilisés ou sensibles à la question, ce qui peut faire beaucoup de monde puisque, poursuit Josiane Tessier, l’eau est à la croisée « de nombreux enjeux (écologiques, scientifiques, politiques, économiques, sociaux…) », c’est « une thématique qui aborde tous les registres de la vie ».
Ainsi l’objectif du forum alternatif, tel qu’énoncé notamment par Alain Nicolas (Eau Bien commun 13) lors de la conférence de presse, est-il de donner à toutes les composantes la possibilité de définir les actions à mener pour que l’eau potable soit réellement accessible dans de bonnes conditions partout dans le monde, de sensibiliser les populations et de favoriser une gestion publique et démocratique des enjeux liés à l’eau. A l’inverse, Alain Nicolas faisait également le « double constat de la faillite humaine et humanitaire des FME » et de « leurs faibles répercussions sur l’accessibilité en eau potable dans les pays pauvres – les demandes de leurs gouvernants n’étant pas prises en compte ».
Enjeux marseillais
Évidemment le fait que le FME se déroule à Marseille n’est pas anodin. Dès le départ les initiateurs du forum alternatif ont travaillé sur les deux axes, particulièrement la Coordination Eau bien commun 13 qui met en avant à la fois l’organisation du Fame et le retour en régie publique de Marseille Provence Métropole, la communauté urbaine de Marseille.
Rappelons si besoin était que les contrats de délégation de service public arrivent bientôt à échéance : en 2012 pour la Seram (assainissement-Suez), en 2013 pour la SEM (eau-Veolia)2. Et que la SEM précitée est dirigée par le président du Conseil mondial de l’eau, organisateur du Forum mondial de l’eau. Le contexte local est donc bien particulier : collectivités, élus et partis se placent (ou pas d’ailleurs), leur degré de sincérité et/ou de calcul politiques restant à évaluer. Quoi qu’il en soit, l’essentiel reste que d’autres voix se fassent entendre en mars 2012 que celles du modèle français de l’eau et de ses multinationales (lire ci-dessous).
Antoine Pateffoz
Photo : Wassym Hassibi
1/ Coordination Eau Bien commun 13 (Attac, Eau Secours Marseille, EAU…), Attac, France Libertés, Coordination Eau Ile-de-France, Mouvement national de lutte pour l’environnement, Food and Water Watch, Transnational Institute, Council of Canadians, Aquattac, Forum italien des mouvements pour l’eau, ACME, Reclaiming Public Water, Bleu Planet Project, etc.
2/ SEM : Société des eaux de Marseille (Veolia). Seram : Société d’exploitation du réseau d’assainissement de Marseille (Lyonnaise des eaux-Suez).
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