Et ailleurs en France et en Europe à l’occasion des projections simultanées du documentaire « Water Makes Money » (lire ci-dessous), mais on se concentrera sur le cas marseillais car, comme chacun sait, c’est la capitale du monde. La preuve : elle accueille le Forum mondial de l’eau cuvée 2012, ainsi que le Forum alternatif, qui furent l’objet de nombreuses discussions, ce 23 septembre, de la tête de l’exécutif régional (Paca) au citoyen « lambda ».
À Marseille, cette journée Water Makes Money fut donc très politique, après le film (interventions d’élus, du public, d’associatifs) et avant. De la politique locale, mais à portée mondiale (en forçant un peu le trait) car les débats tournaient autour du Forum mondial de l’eau 2012, du Forum alternatif et des contrats marseillais s’achevant en 2012 (assainissement) et 2013 (eau potable) – le tout étant lié évidemment, puisque le patron de la Société des eaux de Marseille (Loïc Fauchon, Veolia) est aussi celui du Conseil mondial de l’eau, organisateur du forum. À 15h donc, avant la projection du film, se tenait au siège de la région Paca une réunion publique importante où furent dites des choses importantes, plus précisément la « Rencontre régionale sur la gestion responsable et solidaire de l’eau », organisée par le président socialiste du conseil régional (CR), Michel Vauzelle. Autour de lui, Jacques Masson (Attac Marseille), Jean-Luc Touly (France Libertés), Philippe Chesneau (co-président du groupe Europe Ecologie-Les Verts au CR), Danielle Mitterrand (présidente de France Libertés), Cécile Helle (vice-présidente du CR), Gérard Piel (président du groupe Front de gauche au CR) et Laurence Vichnievski (élue régionale Europe Ecologie). Récit en trois temps.
1/ Les uns et les autres ont accordé leurs violons sur les multinationales, la nécessaire gestion publique de l’eau ou encore sur le Conseil mondial de l’eau (CME) et son forum. Ainsi, Michel Vauzelle a réaffirmé « l’engagement très fort de la région » sur la gestion de l’eau, « un sujet éminemment politique » que « les décideurs politiques doivent se réapproprier ». Le président de la région entend promouvoir « le service public de l’eau avec une gestion transparente » et s’en est pris aux « multinationales de l’eau », « au modèle libéral et à l’hégémonie de l’argent imposés par les grands opérateurs mondialisés », auxquels il faut « résister pour défendre ce bien vital qui ne doit pas servir à faire de l’argent » (clin d’oeil à Water Makes Money).
En écho, Danielle Mitterrand a fustigé le système en place, qualifié de « dictature économique », et le CME (« quelle est la légitimité de ce rassemblement de businessmen dirigé par les représentants des multinationales françaises ? »), ainsi que le Forum mondial de l’eau (FME), « foire commerciale où l’on vient passer des marchés et vendre le modèle français ». Laurence Vichnievski a, quant à elle, remarqué qu’il faut maintenant « se poser la question de savoir si les raisons qui ont motivé les délégations de service public sont toujours valables », précisant : « Les écolos aiment l’entreprise privée, mais la question n’est pas là : l’eau est d’intérêt général, elle dépend du service public. » Même son de cloche du côté de son collègue de parti Philippe Chesneau, affirmant que « c’est de la connerie ou de la naïveté de croire qu’un bien commun de l’humanité peut être géré par des multinationales », ajoutant que « les services publics, aujourd’hui mal gérés, nécessitent une gestion tripartite (investisseurs publics, usagers, salariés/dirigeants) ».
2/ La région, par la voix de son président Michel Vauzelle, a réaffirmé son intention de s’engager et de soutenir le Forum alternatif, avec un art consommé de l’équilibrisme, puisque la collectivité participe également au comité d’organisation du forum officiel : « La région soutiendra les différentes initiatives pour que toutes les voix s’expriment, (…) nous participerons à l’organisation du Forum alternatif car le modèle français de gestion déléguée est très impliqué dans le FME (…) », or il faut que « Marseille 2012 soit un vrai forum où toutes les sensibilités puissent s’exprimer ». Michel Vauzelle a également annoncé un grand débat sur le sujet avec les citoyens de la région. Du côté d’Europe Ecologie, la position de la région fait quelque peu grincer des dents Philippe Chesneau, qui s’est dit « bien content de ne pas avoir voté le soutien au forum officiel », ou Laurence Vichnievski affirmant qu’« en politique il s’agit de faire des choix, d’où le vote négatif d’Europe Ecologie ». Ce à quoi Gérard Piel rétorquera qu’en substance la politique, ce n’est pas tout noir ou tout blanc et que justement « il faut faire des choix : nous avons voté l’adhésion de la région au FME car il y avait aussi un amendement prévoyant l’aide au Forum alternatif. » Lequel s’organise doucement, une deuxième réunion regroupant peu ou prou tous les acteurs aura d’ailleurs lieu mi-octobre à Paris. Jean-Luc Touly résume ainsi la situation : « Le Forum alternatif dépend beaucoup des associations locales, avec l’appui des partis. Et les associations nationales se regroupent aussi pour l’organisation. » Ainsi, Jacques Masson (Attac), représentant la Coordination Eau bien commun, précise les deux axes prioritaires de la structure : « La participation à l’organisation du Forum alternatif et le passage en gestion publique directe de l’eau à Marseille et dans les Bouches-du-Rhône. » Et le même de noter que « Michel Vauzelle s’est engagé à aider tous les acteurs ».
3/ Car, outre la tenue des forums concurrents en 2012, les enjeux sont importants à Marseille où les contrats de la SEM (Veolia) arrivent à échéance en 2012 et 2013. La Coordination Eau bien commun souhaite donc que, dans toutes les communes du département concernées, « la question de la gestion directe de l’eau soit posée aux élus, débattue publiquement avant toute décision de renouvellement et soumise à un audit contradictoire et indépendant ». À ce propos, les élus Verts/Europe Ecologie de la commission une « agglomération éco-responsable » (Ager) de la communauté urbaine Marseille Provence Métropole (MPM) ont fait part, dans un communiqué, de leurs difficultés à obtenir certains documents, « en particulier, les rapports de contrôle des délégations de service public (DSP) eau et assainissement de MPM et le contrat de la DSP liant MPM à la Société des eaux de Marseille ».
Au niveau régional, « il faut réussir la gestion responsable et durable de l’eau », a soutenu Michel Vauzelle, à l’instar de Cécile Helle constatant « des actions parcellaires, un manque de vision globale, cohérente des enjeux de l’eau » et affirmant la nécessité de « construire un service public régional de l’eau ». Gérard Piel a annoncé, alors que « d’ici à 2014 près de 50% des collectivités verront leurs contrats arriver à échéance », la création « d’un espace public régional de l’eau ». Objectif : « Cet établissement régional, dont, notamment, l’association EAU sera partenaire, sera un outil technique pour aider les communes qui le souhaitent à basculer vers la gestion publique de l’eau et de l’assainissement. » Ceci entre autres pour éviter le recours à des cabinets d’audit ou bureaux d’étude dont l’indépendance laisse parfois à désirer.
Enfin, au rayon annonces toujours, mais nationale cette fois, Jean-Luc Touly a évoqué l’idée (« lancée par Gabriel Amard, Michel Partage, Anne Le Strat, etc ») de créer une Fédération nationale des régies sous l’autorité d’Aqua Publica Europea.*
Antoine Pateffoz
*Aqua Publica Europea a pour vocation de rassembler les opérateurs publics des services d’eau et d’assainissement au niveau de l’Europe pour la promotion et le développement de la gestion publique de l’eau. Elle est présidée par Anne Le Strat, adjointe au maire de Paris chargée de l’eau. Gabriel Amard, secrétaire national du Parti de gauche, préside la communauté d’agglomération Les lacs de L’Essonne. Michel Partage, président de EAU, est conseiller général du Var.
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